CULTURE 31 (09-03-2017)

Bricodam et Miss Véro : Femmes que j’aime ! Par Elrik Fabre-Maigné

 

Le 8 mars est traditionnellement la Journée des Droits des Femmes depuis 1917, et la grève des ouvrières de Saint Petersburg. Mais ce n’est qu’en 1945 que la Journée internationale des Femmes devient une tradition dans le monde entier ; sans doute parce qu’elles étaient si nombreuses dans la Résistance ; plus nombreuses que les hommes même. Cette journée était l’occasion de rappeler que la lutte pour l’égalité est toujours d’actualité, face à la résurgence de discours et des actes sexistes, des violences faites aux femmes, qui nous inquiètent; comme tous les manquements à la Démocratie.

En tant qu’homme de mot, j’ai depuis longtemps remarqué que langue française a du mal a se décliner au féminin : si « sculptrice » sonne bien et si « peintresse » existait au Moyen-Âge, beaucoup de noms de métiers sont – et restent – masculins: acolyte, agent, ange, apôtre, chirurgien, médecin, docteur, chef etc… Messieurs les Académiciens qui longtemps avaient repoussé avec virilité l’entrée de ces dames à vos côtés (est-ce votre épée de pacotille qui vous entravait ?), vous avez du pain sur la planche : cela fait plus d’un demi-siècle déjà que Louis Aragon, notre dernier poète courtois, l’a affirmé: « la Femme est l’avenir de l’Homme » !

Les siècles passés ont longtemps relégués reléguées les Femmes dans leur rôle de madones, de femmes-poèmes ou de femmes-totems, (sans parler d’objets sexuels), réduites au silence par certaines dominations masculines. Cette forme d’intégrisme a perduré jusqu’au début du XX° siècle en Occident; et jusqu’à aujourd’hui dans certaines théocraties.

Et je pense souvent à ces Femmes, épouses, mères, maîtresses, se confiant à la page blanche, quand elles le pouvaient, à toutes ces poétesses inconnues, à toutes ces femmes anonymes, jardinières, dentellières, bergères, couturières, nourrices, cuisinières, servantes, bonnes à tout faire, bourgeoises et aristocrates…

Ce mercredi 8 mars à Bouloc, la Mairie et la Pause Musicale nous invitaient à une soirée autour des Femmes (et de leurs droits), sujet d’une actualité brulante quand on voit certains hommes « politiques » clamer leur mépris de la moitié du genre humain, avec arrogance et trivialité dans des pays dits civilisés, et les crimes féminicides (il est triste de devoir créer ce mot) se multiplier dans le monde et pas seulement dans le pays dits sous-développés.

Ce sujet grave était heureusement mis en lumière dans la convivialité, la bonne humeur et le talent.

Puisque les musiciennes intervenant ce soir-là en sont pétries !

Bricodam (1), c’est un duo qui bricole les sons (avec divers outils détournés, vis de charpentier frottées imitant le son d’un « réco-réco » (percussion brésilienne), tuyau en PVC, scie égoïne, interrupteurs claqués l’un contre l’autre etc.), retape la chanson française à textes ; mais elles n’oublient jamais que leurs voix est leur plus bel instrument, des onomatopées et autres bruits de bouche aux notions de base (respiration, placement de la voix…).

Dans leur programme des perles : Pour une amourette de Leny Escudero, Lily et le Zizi de Pierre Perret, Je me suis fait tout petit de Brassens (dont elles ont détourné 95 fois sur 100 pour leur clip), Te lo farei notare (chanson pleine de tendresse de Giorgio Conte : je t’aime plus qu’hier…), Olympe de Gouges des Femmouzes T, La Femme du soldat inconnu (écrit par Magyd Cherfi pour celles-ci), Parlez-moi d’amour de Lucienne Boyer (version rock and roll)… Passées à la moulinette de ces Drôles de Dames ! Elles mettent en musique leurs propres compositions, selon le même concept de « bricolage » et parlent de « chanson recyclée » !

L’humour est toujours présent chez ces deux jeunes femmes qui ne se prennent jamais au sérieux.

Et ce n’est pas un hasard si leur copine Miss Véro (une des trois Boudu Les Cop’s) vient pimenter leur prestation d’interventions « point-virgule », rappelant les étapes de la lutte pour la Cause des Femmes depuis Olympe de Gouzes jusqu’à Simone de Beauvoir et Simone Veil, en passant par Louise Michel, puis dans un registre plus « léger » avec un extrait d’un sketch de Florence Foresti sur la condition (physique) des Femmes, sans oublier tous les surnoms dont elles ont été affublées.

Et vient chanter avec elles Olympe de Gouges (FemmouzesT) :

Olympe au naturelle
Fille de Pompignan
Olympe universelle
Fille de Montauban


Olympe tu as 200 ans
Et toujours pas démodée
Ils sont nombreux tes prétendants
A récupérer tes idées
Pourvu que de notre vivant
On les voit se réalisées

Olympe au naturelle
Fille de Pompignan
Olympe universelle
Fille de Montauban

Olympe à droite, olympe à gauche
Olympe politisée
Olympe au centre de l’idée
Qu’il était temps désormais
D’accorder même au féminin
Les droits du citoyen…

Elles font un tabac, comme on dit (même si personne ne fumait dans la salle), devant un public féminin à 80%, conquis et complice, dont certaines ont connu les étapes vers l’émancipation, à travers le droit de vote en 1944, à avoir un compte en banque à leur nom en 1965, à interrompre volontairement leur grossesse en 1975 etc…

Mais n’oublions pas que ce combat, comme tous ceux pour un monde meilleur, n’est jamais fini (voir le dossier intitulé Femmes, le combat s’amplifie dans Télérama de cette semaine) ; même si ce soir tout finit par des chansons.

En intermède, les jeunes femmes de l’association AMALGAM (danse et vidéo) nous ont fait entrer dans leur univers, avec fraicheur et sincérité.

Une bien belle soirée à renouveler.

 

En 2009, pour un concert poétique avec 6 musiciennes (dont Véro Dubuisson et Bernadette Mouillerac), j’avais écrit :

Elles furent la mer en moi

Comme un cadeau

A un gosse du Front Populaire

Jamais sorti du HLM

Femmes que j’aime

Je suis l’archet qui caresse

Les cordes sensibles

De leurs rebecs et guitares

De leurs voix longtemps étouffées

Femmes que j’aime…

Je suis heureux que les Femmes de Bricodam et Boudu Les Cops (comme beaucoup d’autres par le monde), nous enchantent avec leurs mots libres (3).

C’est un grand bonheur, Femmes que j’aime !

E.Fabre-Maigné

9-II-2017

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press

Rès qu’aquò !!! Porte de la Fontaine, la Pizzeria Belfort, al 2 carrièra Bertran  de  Born,  chez  Zoubir  et  Hafid.  Lieu,  cave,  scène  ouverte, prolixe en propositions, musiques, poésie, théâtre, cinéma, conférences, rescontres, répétitions en public, tremplin généreux, poêlon où se touille… Ce soir Bricodam, François Chapuis et Bernadette Mouillerac, est à pied d’œuvres. Tenue de chantier, salopettes blanches, casques, chevilles, écrous, vis, piano, pandeiro, percussions fines, porte-voix, micros sont dans leur boite à outils, prêts pour rénover la chanson française. Rès qu’aquò !!! Cal dire que i a de far. Non ? Bidouilleuses de première, vocalistes d’envol, ne choisissent pas n’importe laquelle et n’importe qui. Te, Moustaki et sa révolution permanente, piano, perçus fines, duo, dual, ensemble avec elles sommes… Escudero en amourette, pandeiro,  piano  à  la  bahianaise…  Métier,  faut  retaper,  encoller, raccorder, alterner sur le clavier, travail bien fait, maitrise. ☺ « 95 fois sur 100 » Tonton Georges a plan rason… C frais, vrai, riant d’intelligence et de duplicité, tout est là, à portée, nous saurons tout sur ce Zizi Perret blues percuté au clavier, « … le vrai, le faux, le laid, le beau, le dur, le mou, qui a un grand cou… » La promo se poursuit, Gainsbourg, Dassin aussi sur le bon de commande, les possibles sont tels qu’elles osent la césure vocale sonnante. « … tout petit devant une poupée qui ferme les yeux quand on la couche… », avant de rock n’ roller « Parlez-moi d’ amour » de la grande Lucienne Boyer. Alors les cops sont venus à cette première qui à n’en pas douter en appellera d’autres.  Te,  message  au  Café  des  Arcades  de  Montalaban.  Les Bricodam à la guinguette ? Chiche !!! ☺       Jacme Gaudàs



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